L’acajou à pommes, ses caractéristiques, son origine, son histoire, sa culture, ses utilisations et ses vertus.
Acajou à pommes : description et histoire de l’acajou à pommes
L’acajou à pommes, également appelé anacardier ou pommier-cajou, est une espèce d’arbustes appartenant à la famille des Anacardiaceae ou Anacariacées. Cette plante est originaire d’Amérique du Sud, mais elle est aujourd’hui répandue en Inde, en Afrique de l’Ouest et en Asie du Sud-Est. Elle est cultivée dans les régions tropicales pour produire des pommes de cajou et des noix de cajou. Elle est aussi présente à La Réunion et dans les Antilles françaises où elle est appelée pommes cajou ou noix-cajou. L’explorateur et auteur français, André Thevet, a réalisé la première illustration et description publiée de l’espèce. Ce dernier a participé à l’expédition du vice-amiral Villegagnon au Brésil en tant qu’aumônier. Dans le livre Les Singularitez de la France antarctique de 1557, le manioc, les arachides, les ananas, le pétun (tabac) et les noix de cajou, ont été appelés acaïou. Il s’agit d’un terme dérivé du nom attribué par les Indiens d’Amérique Tupinamba. Le nom acajou est orthographié différemment et semble avoir été transplanté en Inde, en Asie du Sud-Est (ou East Indian Archipelago) et en Chine avec le pommier acajou.
Le naturaliste suisse, Gaspard Bauhin, pensait que l’arbre appartenait au même genre que l’Anacardium d’Orient. Il l’appela alors Anacardii alia Species ou autre espèce. Pour nommer la variété que l’on retrouve dans les Antilles, Linné procéda comme Bauhin. Il a nommé l’arbre Anacardium occidental en 1753 dans l’ouvrage de Carl von Linné Species plantarum. Il l’a classé parmi le genre Decandria Monogynia (fleurs à 10 étamines et 1 style). En 1759, Bernard de Jussieu fonde l’ordre des Terebintaceae, qui compte le sous-ordre Cassuvium (Anacardium). Antoine Laurent de Jussieu, neveu de Bernard de Jussieu, publie sa taxonomie dans Genera plantarum en 1789. On retrouve ainsi l’acajou à pommes dans la classe XII, ordre XIV, de la famille des Terebintaceae. Jean-Baptiste de Lamarck l’a appelé acajou de pommes (Cassuvium pomiferum, Lam.) et l’a également placé dans la famille des Terebintaceae Juss. Plus tard, celui-ci deviendra le genre Anacardiaceae (R. Brown) selon John Lindley.
Le nom du genre Anacardium est issu de l’ancien grec ἀνά (aná, “sur”) et καρδία (kardía, “cœur”), signifiant “sur le cœur”. En effet, le faux fruit peut souvent être rouge en prenant la forme d’un cœur, comme indiqué dans une illustration de Köhler. L’épithète spécifique de l’occident provient d’une dérivation du latin occidentalis, qui signifie “situé à l’ouest”.
En français, le nom anacarde est dérivé du latin médiéval anacardus. Ce nom masculin est dérivé de la langue Tupi Kaju. Il fait référence à l’anacardier et à son fruit.
Description de l’acajou à pommes
L’acajou à pommes est un petit arbre à cime en trompette, de 6 à 12 m de haut, pouvant atteindre 15 m. Son système racinaire est caractérisé par des pivots rotatifs qui s’enfoncent profondément dans le sol, tandis que les racines latérales s’étendent souvent loin de l’arbre. Ses feuilles simples vert foncé sont ovales-obovales, alternes, persistantes et coriaces. Elles font 10 à 20 cm de long et leur largeur atteignent parfois 10 cm. Elles comptent une nervure médiane clairement visible et 6 à 10 paires de nervures latérales.
Des fleurs blanc rosé apparaissent en saison sèche. À noter qu’à partir de décembre, la floraison est assez persistante si la mousson n’est pas trop forte. Elles sont de type pentamérique et ont un diamètre d’un centimètre. Les fleurs sont constituées d’un calice à 5 lobes et de 5 pétales roses linéaires, recourbés et imbriqués. Elles entourent 8 à 10 étamines. Leur longueur est inégale et présente un style unique. Les fleurs sont particulièrement parfumées, attirent les abeilles et fournissent une source de miel intéressante. Elles sont regroupées en longues panicules terminales, portant des fleurs mâles (les plus nombreuses avec les plus longues étamines de 8 à 9 mm), stériles et bisexuées (dotées d’étamines de 5 à 6 mm).
Une fois la fleur fécondée, le pédoncule et le réceptacle à la base du fruit se dilatent en un faux fruit de 2 à 20 cm de long et de 1 à 8 cm de diamètre. On fait ici allusion aux pommes de cajou qui sont gonflées, charnues et juteuses. Elles s’apparentent à des poivrons jaunes, oranges ou rouges. D’un point de vue botanique, il ne s’agit pas d’un fruit, mais d’un faux fruit qui peut être consommé tel quel. On peut le prendre en confiture ou mariné dans du rhum. C’est à la fin de la saison sèche que les fruits se forment. On parle d’une drupe réniforme et non déhiscente d’environ 3 cm de long. Elle possède une coque toxique et piquante contenant une amande blanche comestible appelée noix de cajou.
L’histoire de la domestication de l’acajou à pommes
L’acajou à pommes est originaire d’Amérique tropicale, du Mexique, des Caraïbes, du nord-est du Brésil et du Pérou. Des recherches menées par des archéologues ont révélé l’existence de sociétés amazoniennes complexes qui sont passées de la recherche de nourriture à l’agriculture il y a 4 000 ans. Les techniques archéologiques végétales telles que les marqueurs moléculaires d’ADN ont dévoilé une nouvelle géographie de la domestication des plantes néotropicales.
Ainsi, l’anacardier a été domestiqué et cultivé bien avant que les Européens ne conquièrent les Amériques. L’État de Maranhão (situé au nord-est du Brésil) est le centre de diversification du sumac. Il semblerait également que la domestication ait eu lieu à cet endroit. Dans tous les pays hispanophones, à l’exception du Venezuela, l’acajou à pommes est aussi connu sous le nom de marañón, une appellation dérivée de l’orthographe portugaise de Maranhão. D’une manière ou d’une autre, la culture de l’acajou à pommes se serait répandue en Amérique centrale en 900 à 400 av. J.-C.
La distribution de l’acajou à pommes
Les premières illustrations et descriptions d’espèces publiées ont été réalisées par l’explorateur et écrivain André Thevet, qui a participé à l’expédition brésilienne en 1555-1556. En 1753, des explorateurs portugais, des chroniqueurs et quelques botanistes lui ont ensuite emboîté le pas jusqu’à Linné. Au XVIe siècle, l’acajou à pommes a été transplanté par les Portugais au Mozambique et en Inde. Il s’est par la suite répandu en Asie du Sud-Est, puis largement naturalisé sous les tropiques, plus particulièrement dans les zones côtières. Aujourd’hui, cette espèce est largement répandue dans les régions tropicales. Elle est présente en grandes quantités en Afrique, aux Antilles, au nord-est du Brésil, en Asie du Sud-Est, en Chine et en Inde. En Guinée-Bissau, la noix de cajou est la principale denrée d’exportation. Cependant, la Côte d’Ivoire est le principal producteur africain et le plus grand exportateur au monde à l’heure actuelle.
L’habitat de l’acajou à pommes
Cette espèce se développe rapidement. Elle est capable de supporter entre 700 et 4 200 mm de précipitations par an. Sa particularité tient au fait qu’elle s’adapte facilement aux sols peu fertiles. Elle est également résistante au stress hydrique et aux températures élevées. L’acajou à pommes est ainsi un arbre qui s’adapte parfaitement aux conditions climatiques des régions semi-arides. Pour une bonne production de fruits, une saison des pluies de quatre à six mois est indispensable. Il faut également une période sèche pendant la floraison et la maturation des fruits. Cet arbre s’épanouit mieux sur les sols friables et ne supporte pas les sols durs.
Le rôle écologique de l’acajou à pommes
Le rôle écologique de l’acajou à pommes se résume à sa capacité à réduire l’érosion des sols et à apporter une source de nourriture aux animaux herbivores. Cela s’explique respectivement par l’étendue importante des racines secondaires, de ses feuilles et de ses rameaux.
La culture de l’acajou à pommes
En général, l’acajou à pommes est semé par graines, mais de meilleurs rendements peuvent être obtenus par greffage, bouturage ou marcottage. La fructification des semis en pommes rouges ou jaunes varie considérablement. Chaque région de culture a une variété différente. Le système racinaire fragile des anacardiers n’est pas propice au repiquage ou à la transplantation. Afin de bien pousser et porter des fruits, ce type d’arbre doit être planté par rapport à un ensoleillement important. Il est recommandé de planter les arbres dans une grille de 10 × 10 m.
Les semis ou les jeunes plants greffés peuvent porter des fruits la troisième année. Cependant, ils ne produisent pleinement qu’à l’âge de sept à huit ans. Les noix sont récoltées à la main, ce qui est une opération assez fastidieuse. L’utilisation de gants est nécessaire en raison de la présence dans le fruit de résines allergènes telles que l’acide anacardique, le cardanol et le cardol. Lorsque les noix sont récoltées, elles passent par un certain nombre d’étapes de transformation. Elles subissent notamment un traitement thermique avant d’être prêtes à être consommées.
Dans certaines régions, les fruits sont volés dans les plantations pour être revendus sur le marché local. Pour faire face à ce fléau, certains producteurs choisissent de développer leurs vergers. L’élevage d’abeilles est également une solution, car elles dissuadent les intrus. Cependant, leur véritable avantage est de pouvoir générer des revenus supplémentaires grâce à la production de miel.
Les utilisations de l’acajou à pommes dans l’alimentation
L’acajou à pommes, ou plus précisément les produits qui sont issus de l’arbre, s’utilisent parfaitement dans l’alimentation.
La noix de cajou
Dans le commerce, la noix de cajou se présente comme une graine oléagineuse, caractérisée par son goût fin. En Europe, on l’utilise en guise d’accompagnement lors d’apéritifs. Elle est aussi un ingrédient essentiel dans les plats tels que le poulet aux noix de cajou ou le rôti végétarien. Elle est également un assaisonnement de choix pour les salades. Quand les noix de cajou sont réduites en purées, on les utilise dans la fabrication de pâte à tartiner, communément appelé « beurre de noix de cajou ». Les principaux pays producteurs de noix de cajou en 2018 sont les suivants :
le Viêt Nam : 2 663 885 tonnes ;
l’Inde : 785 925 tonnes ;
la Côte d’Ivoire : 688 000 tonnes ;
les Philippines : 228 612 tonnes ;
le Bénin : 215 232 tonnes ;
la Tanzanie : 171 455 tonnes ;
le Mali : 167 621 tonnes ;
la Guinée-Bissau : 150 934 tonnes ;
le Brésil : 141 418 tonnes ;
Sans oublier l’Indonésie, qui ferme la marche des 10 premiers pays du monde avec 136 402 tonnes.
La pomme de cajou
Les faux fruits, appelés pommes de cajou ou pédoncules gonflés, étaient autrefois trop fragiles pour être transportés. Cependant, ils peuvent être consommés frais, séchés, cuits en confiture ou en sirop. On les utilisait même pour aromatiser des boissons alcoolisées. Au Brésil, on les conditionne désormais dans des films plastiques sous une atmosphère passive. Cette technique permet ainsi un transport sur de longues distances.
Quand les pommes de cajou sont séparées de leurs noix, le processus de fermentation commence après six heures. Par conséquent, il est important de l’exploiter rapidement pour en faire du jus. Dans le cas contraire, ils seront fermentés et ne seront utiles que pour produire des boissons alcoolisées. En 2007, le Brésil comptait plus d’une douzaine d’usines d’extraction de jus de pommes de cajou. Lorsqu’il est pressé, le jus se sépare de la fibre. Cette dernière peut ensuite être employée dans l’alimentation animale. Le boisson est homogénéisé et pasteurisé avant d’être mis en bouteille ou en carton.
Depuis 2015, l’Inde a également découvert que le jus de pommes de cajou peut remplacer le jus de pommes ou d’ananas qui revient plus cher. Le Bénin, quant à lui, a lancé en 2016 un jus de fruit plus ou moins acide appelé “Sweet Bénin”. Cette boisson s’obtient par un processus de pressage des fruits de l’acajou à pommes qui, auparavant, avaient été mis à la poubelle. Il faut savoir que ce jus est riche en vitamine C et en magnésium. Dans les Antilles françaises, la pommes de cajou se consomme aussi macérée dans du rhum, en confiture ou fraîche.
La boisson alcoolisée issue du fruit de l’acajou à pommes
En Inde, le Feni est fabriqué à partir du jus de la pomme de cajou ou du palmier à rôtir (Borassus flabellifer). Il s’agit d’une liqueur forte de 40 à 45° d’alcool, produite uniquement à Goa. À base de pommes de cajou, cette boisson est appelée kaju feni en hindi de Goa.
Autrefois, les pommes de cajou bien mûres dissociées des noix de cajou, ont été piétinées dans des pots. De nos jours, elles subissent un processus de pressage mécanique afin d’en extraire le jus. Le moût que l’on obtient est par la suite fermenté dans de grandes cuves pendant quatre à cinq jours. L’objectif est de produire de l’alcool concentré grâce à une double distillation.
En outre, les feuilles et les jeunes rameaux de l’acajou à pommes sont consommés en tant que légumes.
Les usages domestiques et industriels de l’acajou à pommes
Les anacardiers sont une source de bois de chauffage, de charbon de bois et de bois de menuiserie. Son écorce est exploitée en tant que source de tanins ou de colorant jaune. L’huile que l’on extrait de ses coques peut être employée pour produire du vernis, de l’insecticide ou de l’encre grand teint. En ce qui concerne la manipulation, celle-ci doit être faite avec précaution. L’huile est effectivement irritante et toxique pour la peau. Les feuilles, tout comme les rameaux de l’arbre, peuvent faire office de nourriture pour le bétail.
Les utilisations et vertus en phytothérapie de l’acajou à pommes
Dans les Caraïbes, l’acajou à pommes était exploité par les Amérindiens pour ses propriétés médicinales. Au XVIe siècle, la pomme de cajou et son jus étaient connus en tant que remède contre la grippe. L’huile caustique de la noix, quant à elle, traitait les gales, les verrues et les cors. Les colons appréciaient le jus de pommes de cajou, considéré comme une boisson astringente. Elle est encore vendue en Amérique du Sud de nos jours. Les infusions d’écorces et de bourgeons sont connues pour leurs propriétés rafraîchissantes et émollientes.
De nos jours, la décoction d’écorce est utilisée en complément pour traiter le diabète. Dans les Caraïbes, elle est utilisée à la fois comme un remède contre la diarrhée et comme un moyen de réduire la tension artérielle. En Guyane, cette décoction est reconnue pour ses propriétés antidiarrhéiques et anti-nauséeuses. Au Guatemala et au Nicaragua, le jus de pommes de cajou est considéré comme ayant des propriétés anti-inflammatoires, antiseptiques et antidiarrhéiques.
Les usages topiques du pommier anacardier sont nombreux. En Martinique, la poudre du fruit torréfié était appliquée sur les pieds des sportifs. En Guyane et à Porto Rico, la résine caustique était utilisée pour traiter les verrues et les cors.
En Afrique, les pommes de cajou sous forme de pommes coupées que l’on étale dans les maisons sont utilisées pour repousser les moustiques. On l’utilise également dans les étangs pour lutter contre les larves de moustiques. Il est également employé comme monodiète dans le traitement des maladies les plus graves telles que la lèpre. À Madagascar, les feuilles de noix de cajou (mahabibo) sont exploitées sous forme de bains de vapeur topiques pour traiter les crises hémorroïdaires.
En outre, la consommation de noix de cajou, de l’ordre de 30 g par semaine, aurait un certain nombre de bénéfices pour la santé. En effet, ces oléagineux diminueraient les risques :
de diabète de type 2 ;
de maladies cardiovasculaires ;
de calculs biliaires ;
d’ablation de vésicules biliaires.
Ils limitent également l’apparition de cancer du côlon chez la femme.
Quelques contre-indications
La noix de cajou produite par l’acajou à pommes peut avoir des effets indésirables selon la personne qui la consomme. En effet, au même titre que les autres oléagineux, elle peut être allergène, déclenchant ainsi des allergies plus ou moins sévères. Les produits salés et commercialisés comme tels doivent être limités autant que possible. Le taux de sodium est néfaste, notamment chez les personnes souffrant de rétention d’eau ou d’hypertension artérielle. De plus, en raison de leur forte teneur en oxalates, les noix de cajou doivent être évitées par les personnes souffrant de calculs rénaux ou urinaires.