Origines et histoire du vocodeur numérique
Le terme « vocodeur » vient de l’anglais voice coder. Inventé en 1939 par Homer Dudley, un ingénieur américain des laboratoires Bell, cet appareil était destiné à transmettre la voix via le réseau téléphonique. Il a été présenté pour la première fois sous le nom de voder (Voice Operating DEmonstratoR) lors de l’exposition universelle de New York. En 1940, une variante améliorée, appelée vocoder, a été mise au point. Le succès n’a pas été au rendez-vous au début en raison du rendu vocal plutôt robotique.
Cependant, durant la Seconde Guerre mondiale, l’armée américaine l’a utilisé dans le premier système de communication numérique appelé « SIGSALY ». Ainsi, Franklin Roosevelt et Winston Churchill ont pu échanger à travers les océans. En 1945, Vannevar Bush, un ingénieur américain, l’a évoqué dans un article intitulé As we may think.
Trois ans plus tard, une présentation a été effectuée dans les studios de la WDR (Westdeutscher Rundfunk) devant Werner Meyer-Eppler. Il s’agit d’un physicien allemand spécialisé dans l’acoustique expérimentale, la phonétique et la théorie de l’information. Il a basé ses écrits sur le premier vocodeur, et ceux-ci sont rapidement devenus la référence du mouvement allemand Elektronische Musik. Depuis, cet appareil a été adopté comme instrument, donnant naissance à plusieurs versions, notamment les vocodeurs numériques.
Place du vocodeur numérique dans la culture
Les musiciens des années 1970 se sont approprié le dispositif, en particulier grâce au fabricant britannique de synthétiseurs EMS, qui proposait des produits abordables. Parmi eux figure Kraftwerk, dont les œuvres à partir de 1973 incluent des voix enregistrées avec un vocodeur. Cependant, les Buggles, Herbie Hancock, Wendy Carlos, Giorgio Moroder, Mike Oldfield, Tangerine Dream, Frank Zappa, Midnight Star, Cynic, Afrika Bambaataa, et bien d’autres ont également eu recours à cet instrument.
Neil Young a surpris ses fans en publiant, au début des années 1980, un album original intitulé Trans. La moitié des titres étaient interprétés à l’aide d’un vocodeur numérique. Par ailleurs, le compositeur de musique synthétique Jean-Michel Jarre a choisi cet équipement afin de produire plusieurs de ses disques, dont Révolutions en 1988. Frank Farian a utilisé le Vocoder Sennheiser pour composer les tubes des groupes Boney M., puis Milli Vanilli.
Emerson, Lake & Palmer ont aussi employé ce dispositif sur le morceau Karn Evil 9 : Third Impression, un extrait de l’album Brain Salad Surgery. À la fin des années 1990 et au cours des années 2000, l’appareil a regagné en popularité grâce à certains titres d’Eiffel 65, Madonna, Daft Punk, Air, Marboss, Cascada, Booba et d’autres.
Fonctionnement du vocodeur numérique
Un vocodeur numérique fait appel à deux signaux : le porteur et le modulateur. Le signal modulateur influe sur la façon dont l’onde porteuse est formée. Généralement, la voix est utilisée comme modulateur. Cependant, des sons provenant d’instruments comme les tambours et les percussions peuvent également être exploités. Le signal porteur constitue la source sonore principale. Il s’agit souvent d’un synthétiseur ou d’une guitare électrique qui produit les notes et les accords.
La transformation du son s’effectue dans la banque de filtres, cette dernière agissant comme un analyseur. Son rôle est de décomposer le signal modulateur en plusieurs bandes de fréquences distinctes. Ensuite, chaque plage est traitée au niveau d’un filtre passe-bande. Au passage de l’onde porteuse, le vocodeur ajuste précisément le volume de chacun de ces filtres selon les caractéristiques harmoniques du modulateur.
Pour bien comprendre, il suffit de penser au fonctionnement du son de la voix. Les poumons libèrent de l’air, ce qui fait vibrer les cordes vocales, tel un signal porteur. Le conduit vocal transforme ensuite l’air vibrant lorsqu’il quitte le corps, agissant comme une sorte de modulateur. Ce dispositif intervient de la même manière, en modifiant l’onde porteuse suivant les propriétés du signal modulateur.
Comment le configurer ?
La plupart des DAW (Digital Audio Workstations) sont dotés d’un vocodeur intégré. Dans FL Studio (un logiciel de production de musique), par exemple, cet outil porte le nom de « vocodex ». Les étapes suivantes expliquent comment s’en servir.