Les origines et l’histoire du sanshin
Dérivé du sanxian chinois, le sanshin a été introduit dans l’archipel des Ryūkyū durant la seconde moitié du XIVe siècle. Des immigrants chinois auraient apporté cet instrument dans le village de Kuninda, aujourd’hui Kume, à Naha. Ces derniers ont été mandatés par l’empereur Ming Hongwu pour faciliter les échanges entre les cours de Nankin et le royaume de Ryūkyū. Principalement originaires de la province de Fujian, où le sanxian était très populaire à l’époque, ils auraient probablement emmené celui-ci avec eux lors de leurs déplacements réguliers.
Évolution
À l’origine, il n’y avait pas de distinction claire entre le sanshin et le sanxian à Ryūkyū, les musiciens utilisant l’instrument chinois tel quel. Cependant, au début du XVIIIe siècle, sous l’influence des luthiers royaux de Ryūkyū, appelés sanshin nushitui, il aurait évolué pour adopter sa forme actuelle. Par commodité, le terme que l’on connaît aujourd’hui est généralement employé pour désigner le sanshin servant dans le répertoire autochtone des Ryūkyū. En revanche, le terme sanxian est toujours adopté dans le contexte de la musique uzagaku, qui a conservé sa forme d’origine.
Introduction au Japon
On suppose que le sanxian a été importé au Japon au XVIe siècle par des marins d’Okinawa dans le port de Sakai, près d’Osaka. Les circonstances et la date de cette introduction font l’objet de débats. Cependant, cet instrument a rapidement évolué pour donner naissance à une version japonaise, intégrant des influences du jeu de biwa.
Développement et pratique actuelle
L’adoption du sanshin par la population des Ryûkyû est mal documentée. Néanmoins, des indications suggèrent son utilisation par la classe dominante aux alentours du XVe ou du XVIe siècle. Bien que les circonstances précises de son intégration dans la société restent floues, l’ambassadeur des Ming laisse entendre que son usage s’est répandu. Une tradition populaire attribue l’introduction de l’instrument dans le répertoire autochtone à un chanteur nommé Akainku. En revanche, les sources écrites sur ce personnage sont teintées de légendes.
La première trace musicale du sanshin est liée à Tansui-Uêkata (1623-1683), fondateur de la musique classique des Ryûkyû (Ryûkyû koten-ongaku). Sa pratique s’est étendue à toutes les couches de la société. Elle devint une partie intégrante de l’enseignement des courtisanes et accompagna les chants et les danses populaires. Aujourd’hui, sa musique demeure une part essentielle de l’identité culturelle d’Okinawa et de la région d’Amami. Son enseignement, dispensé dans des classes dirigées par des professeurs qualifiés, s’est développé significativement au Japon métropolitain depuis les années 1990. Cela est dû, en partie, grâce à l’influence des dorama se déroulant à Okinawa.
Le sanshin dans la culture
Le sanshin incarne l’instrument par excellence d’Okinawa. Il accompagne les chants populaires folkloriques, regroupés de nos jours sous le nom d’Okinawa min’yō, et la musique de cour de Ryūkyū. Amami, quant à elle, est le berceau d’un répertoire traditionnel distinct appelé Amami min’yō, ou plus couramment shimauta.
Diversité des genres
Au-delà de ses racines traditionnelles, le sanshin est utilisé dans des genres plus contemporains. Il démontre sa versatilité dans des styles tels que le rock ou la pop (Natsukawa Rimi, BEGIN), le reggae (U-dou & Platy), voire dans l’électro (Shisa). Depuis les années 1990, il connaît un succès croissant qui s’étend au-delà des régions d’Okinawa et d’Amami. On le trouve même de manière marginale dans des contextes éloignés de son utilisation d’origine, notamment dans les fanfares publicitaires chindon’ya.
Un héritage de cinq siècles
Pendant plus de 500 ans, le sanshin a rythmé la vie quotidienne des îles subtropicales d’Okinawa. Il a marqué les cérémonies épurées de la cour royale des Ryûkyû pour imprégner les faubourgs et les villages de mélodies singulières. En tant qu’emblème d’une culture régionale originale, il jouit aujourd’hui encore d’une popularité exceptionnelle pour un instrument traditionnel. Il apparaît fréquemment sur les scènes pop de l’archipel, séduisant un public nouveau, même dans le Japon métropolitain. Cependant, malgré sa renommée grandissante, il demeure largement méconnu en Europe.
La pratique du sanshin
Il existe trois accords de base pour jouer du sanshin : le honchochi, le ni agari et le san sagari. Chacun d’eux confère une nuance légèrement différente, contribuant à refléter l’atmosphère spécifique du morceau. Ils aident aussi à exprimer les variations entre les genres musicaux et à diversifier l’ensemble du répertoire. En plus de ces accords fondamentaux, d’autres sont parfois employés, bien que dans des occasions plus rares.
Le sanshin est habituellement joué à l’aide d’un plectre. Cependant, il arrive que le musicien gratte les cordes avec ses doigts. Cette technique est notamment utilisée dans le style Kouta.