Histoire du sac de gemecs
L’origine du sac de gemecs est assez floue. Toutefois, les hypothèses suggèrent qu’il succède au tibia utricularis, un instrument romain. Les premières véritables traces de la cornemuse catalane remontent au Moyen Âge. Celle-ci était jouée pour la cour par les ménestrels (musiciens et chanteurs ambulants à cette époque). Certains joueurs de cornemuse étaient même attitrés au roi en Aragon. Les meilleurs furent envoyés en Flandre pour étudier pendant le carême (période de 40 jours avant Pâques).
L’utilisation du sac de gemecs s’est répandue dans les différentes classes sociales, des jongleurs aux bergers, voire aux mendiants. Il était couramment employé lors des danses populaires. À partir du XIVe siècle, il a commencé à être accompagné par d’autres instruments. Ainsi est né le trio appelé la cobla de tres quartans. Ce dernier est formé par la cornemuse catalane, la flabiol (flûte) et le tamborí (tambour).
Au XVe siècle, le sac de gemecs est remplacé par des appareils plus modernes dans les domaines royaux. Son jeu se limitait aux danses folkloriques. Trois siècles plus tard, son utilisation était strictement interdite à l’intérieur des églises. L’apparition de nouveaux instruments ainsi que les lacunes de la cornemuse catalane en matière de tessiture ont accéléré son obsolescence.
À partir des années quatre-vingt, des musiciens et des luthiers prennent l’initiative de mettre en avant le son du sac de gemecs. Parmi les nouveaux facteurs, Xavier Orriols a fait la copie d’un modèle ancien trouvé dans une ferme de Maresme, à Barcelone. Par ailleurs, Jordi Thomas s’est inspiré d’un instrument exposé dans un musée de Leipzig. Le 13 août 1983, il donna un concert à Vilafranca del Penedès (ville de la province de Barcelone) avec son partenaire Xavier Bayer. Cette représentation mettait à l’honneur la cornemuse catalane. L’événement a permis de motiver la création de nouveaux groupes musicaux utilisant cet instrument à vent comme Els Cosins del Sac et Cobla Manxaire.
Sac de gemecs dans la culture
Le sac de gemecs est associé à une légende andorrane : El burner d’Ordino. Celle-ci raconte l’histoire d’un jeune homme issu de la paroisse d’Ordino, à Andorre (entre la France et l’Espagne). Il fut attaqué par des loups alors qu’il allait à une fête à Canillo, à 16 km de là. En jouant de cet instrument, il parvint à les éloigner.
Traditionnellement, la cornemuse catalane est utilisée par de nombreux musiciens solos ou en groupe durant les manifestations. Elle servait à accompagner les chants catalans et les ballades sardanes. Peu populaire, elle est tout de même enseignée dans les centres de formation musicale. Bien que l’autodidaxie soit la forme d’apprentissage la plus prisée, les cours en présentiel commencent à se développer.
Depuis 1991, les joueurs de sac de gemecs se réunissent à l’issue du festival international Cornamusam Cornamusa à Olot, une ville catalane en Espagne. D’autres événements ont été créés pour valoriser cet instrument. À Vilanova i la Geltrú, une commune espagnole, le Firasac est un rassemblement regroupant des musiciens, des luthiers et les professeurs. Le but est de promouvoir un échange de connaissances et d’expériences. Une rencontre est aussi préparée à Riudoms, dans la province de Catalogne.