Musiciens célèbres : Reginald Dixon (1904-1985), Sydney Torch (1908-1990), Phil Kelsall (né en 1956-), Léon Berry (1914-1996), etc.
Chanson emblématique : « I Do Like To Be Beside The Seaside », joué par Reginald Dixon en 1926. « Toccata e fuga in re minore » repris par Virgil Fox en 1980
Tout savoir sur l’orgue de théâtre : ses origines, ses caractéristiques, son fonctionnement, sa place dans la culture, son fonctionnement, son entretien, son apprentissage et ses critères d’achat
L’orgue de théâtre, aussi couramment appelé « orgue de cinéma », est un instrument à vent utilisé dans les grandes salles de projection. Il a été développé pour servir d’alternative aux orgues d’église spécifiquement dédiés aux cultes religieux. À l’origine, il servait à sonoriser les films muets, en remplaçant l’orchestre dans les théâtres, avec de la musique ainsi que des bruitages.
Histoire et origine
Le succès de l’orgue de théâtre n’a pas été immédiat. Il n’a réellement conquis le grand public qu’au XXe siècle.
Prémisses
L’orgue de cinéma, baptisé initialement « orchestral organ », a été inventé par Robert Hope-Jones, un facteur d’orgues américano-britannique, aux alentours de 1890. Ce dernier voulait concevoir un clavier possédant les timbres des instruments d’orchestre. En raison de ses dimensions et de sa puissance sonore, il a d’abord été utilisé dans les églises.
Vers la fin du XIXᵉ siècle en France, les projections de vidéos en salle étaient accompagnées par des pianos. Il a fallu attendre l’apparition de l’orgue Cavaillé-Coll Mutin pour sonoriser les premiers films des frères Lumière, notamment en 1895. Cette nouveauté donna au cinéma une toute nouvelle dimension.
Les producteurs de l’industrie cinématographique ont ainsi commencé à envisager sérieusement de remplacer les pianos et les orchestres par ce type d’instrument à vent à claviers. Il permettait en outre de délivrer un son de qualité.
Essor et déclin
Les années 1920 ont été marquées par l’essor de l’industrie du cinéma et des orgues de théâtre. Les salles sont devenues plus vastes. Un clavier, baptisé « Unit orchestra », possédait des fonctionnalités permettant d’ajouter du son (musique, bruits, etc.) aux films. Ses pressions d’air étaient supérieures à celles des orgues d’église. Les modifications apportées aux trémolos ont permis de gagner considérablement en intensité.
Toutefois, l’arrivée du cinéma parlant a bouleversé cette lancée. Durant plusieurs années, les orgues de cinéma ont été utilisés uniquement lors des entractes et pour les intermèdes musicaux. Cet instrument a commencé à disparaître progressivement, en parallèle avec les grandes salles. Des déclinaisons électroniques, dépourvues de tuyaux, ont vu le jour dans les années 1960, et les ont remplacés sur le marché. Certains modèles d’époque, qui ont pu être conservés, constituent des objets historiques.
Caractéristiques de l’orgue de théâtre
Un orgue de théâtre possède au minimum deux claviers : un solo ainsi qu’un accompagnement. Ses dimensions sont généralement plus imposantes que celles d’un orgue d’église, car il doit sonoriser correctement les grandes salles. Cet instrument est doté, par ailleurs, d’un pédalier à deux octaves et d’une pédale d’expression. Il est nécessaire de recourir à des leviers à bascule pour obtenir les sons et les registres 100 % mécaniques.
Console
De manière générale, la console de l’orgue de cinéma ressemble à un fer à cheval (en forme de « U » inversé). Il s’agit d’un instrument à la décoration ostentatoire. Pour l’appel des jeux, il est indispensable de recourir à des langues de chat et à un combinateur. Chaque langue de chat a sa propre couleur, correspondant à une famille de jeux.
Cette console est fréquemment accompagnée d’un second siège, baptisé Howard seat, permettant aux spectateurs d’admirer le jeu des pieds.
Tuyaux
Ses tuyaux sont dissimulés dans au moins deux pièces en dur expressives, appelées « chambres ». En temps normal, les tuyaux de pédale se trouvent dans la chambre principale (ou main chamber). La console reste la seule partie visible par le grand public.
Trémolos
L’orgue de théâtre possède des trémolos rapides et profonds. Bien qu’une famille de jeux n’en possède généralement qu’un, certains modèles font exception à la règle. Ils peuvent être dotés de deux trémolos (un lent et un rapide) ou d’un trémolo réglable. Ces composants permettent d’imiter les vibratos des musiciens et de compenser l’acoustique sèche.
Claviers
La présence de plusieurs claviers permet à l’organiste de jouer avec différentes sonorités, à la manière d’un compositeur avec son orchestre. La plupart du temps, ils sont dotés d’un second jeu de contacts, appelé second-touch. Certains orgues, plus compacts, possèdent un piano supplémentaire, appelé « piano-style ».
Combinateur
Le combinateur est un élément spécifique des orgues permettant d’enregistrer préalablement des sons, aussi appelés « combinaisons » ou « préparations ». Il a été conçu avec des pistons généraux et réversibles. Chaque combinaison s’applique à un seul clavier. Ce composant aide l’organiste à basculer entre ses préparations rapidement. Un appareil similaire, nommé machine stop, existait déjà sur les clavecins britanniques de la fin du XVIIIe siècle.
Traction
L’orgue de théâtre, étant un instrument à traction électropneumatique, offre plus de flexibilité à l’organiste. En effet, ce dernier peut jouer les notes avec une vitesse remarquable.
Jeux
À l’opposé du modèle classique, sauf au niveau l’étagement, les jeux de l’orgue de cinéma s’appuient sur les tibias. En outre, les quintes et les tierces sont harmoniquement fausses.
Les anches sont plus variées par rapport à ceux de l’instrument traditionnel. Les jeux qui imitent les orgues classiques portent le préfixe « Orchestral » devant leur nom. Ils nécessitent la présence de diaphones. Il s’agit d’appareils capables de produire des sons puissants, à la manière des cornes des brumes.
Percussions
Les orgues de théâtre possèdent presque tous une percussion tonale au minimum ainsi que d’autres accessoires. Il est également possible de retrouver des sons de paysage (klaxon, bruit de la mer, effet d’orage, sirène de bateau, etc.). Ces éléments servaient à égayer les films muets d’antan.
Place de l’orgue de théâtre dans la culture
L’orgue de théâtre s’est présenté dès l’origine comme une alternative à l’orchestre. Les organistes sont la plupart du temps amenés à improviser. Le répertoire inclut des morceaux propres au cinéma, des variétés et même du jazz. Il partage des points communs avec la version romantique. De ce fait, il devient possible de jouer des chansons classiques comme celles de Bach, reprises par l’organiste Virgil Fox. Imiter l’orgue traditionnel comptait parmi ses fonctions premières.
La plupart des orgues de cinéma se trouvent en Angleterre. Plusieurs musiciens se sont illustrés au cours du XXe siècle, grâce à des claviers de renom. Reginald Dixon et Phil Kelsall ont, par exemple, pris en main l’orgue Wurlitzer de la salle de bal de la tour de Blackpool. Des artistes comme Léon Berry et Sydney Torch ont aussi joué sur d’autres orgues de ce type.
Fonctionnement de l’orgue de théâtre
L’orgue de théâtre a connu son apogée durant les 50 premières années du XXe siècle. La technologie de traction électropneumatique est l’élément ayant permis aux facteurs d’orgues de créer les modèles les plus innovants.
Fabrication
Dans un orgue de cinéma, il est question de rangs, mais plus de jeux. Il est possible d’obtenir plusieurs registres avec chaque rang. Le nombre de rangs est ainsi moins élevé par rapport aux autres instruments dotés de jeux.
Les tuyaux ont été conçus avec des métaux nobles, capables de résister à l’oxydation et à la corrosion. Il s’agit généralement d’étain, de cuivre et de laiton, qui ne se retrouvent pas souvent dans les autres types d’orgues.
Styles de jeu
La plupart du temps, l’orgue de théâtre est utilisé de manière libre et décontractée. Les musiciens n’ont pas autant de restrictions par rapport aux orgues d’église. Par exemple, il n’est pas obligatoire de jouer des quintes successives harmonieusement et les accords avec des tierces doublées.
Les organistes doivent quelquefois maintenir un tempo strict, notamment pour jouer un tango pour les danseurs. Toutefois, ces derniers privilégient le rubato dans les chansons et les ballades. Il arrive aussi que les pédales d’effets de houle soient utilisées à leur plein potentiel afin d’accentuer le rythme de la musique.
Structure des chambres
L’orgue de théâtre possède au minimum deux chambres : l’une dédiée aux solos et l’autre aux accompagnements. Dans ce cas-là, il se présente généralement comme l’indique le tableau suivant.
Section solo
Section accompagnement
Principal Flûte Gambe Céleste Anche douce de type clarinette Percussions tonales
Tibia Voix humaines Tubas Saxophones, trompettes, horn, etc. Étagère à joujoux
L’orgue Wurlizter fait partie des modèles les plus impressionnants en raison de ses nombreuses fonctionnalités. Outre le fait d’imiter les autres instruments, il peut aussi reproduire les bruits les plus communs.
Notation musicale
L’orgue de théâtre étant utilisé pour produire les effets sonores et jouer la musique des films, il n’existe pas de transcription écrite spécifique à l’instrument. L’organiste improvisait, ou préparait ses combinaisons à l’avance, répétait, et jouait en synchronisation lors de la projection.
Lorsque l’instrument est joué pour des œuvres traditionnelles, comme un orgue classique, les partitions obéissent aux règles standard de la notation musicale. Toutefois, le joueur est tenu de faire ses préparations à l’avance.
Réglages et entretien de l’orgue de théâtre
Un orgue de théâtre est à manipuler avec soin pour lui assurer une plus grande longévité. Pour le maintenir dans un état optimal, son entretien doit se faire avec soin.
Nettoyage
Il est essentiel de garder l’instrument propre, car de la saleté s’accumule au niveau de ses composants internes et externes. Pour ce faire, il suffit de recourir à un chiffon doux ou à une brosse. Il est aussi possible d’utiliser un aspirateur doté d’une brosse douce afin d’éliminer les plus petits résidus.
Accordage
Si l’orgue de cinéma produit des sons anormaux, il est nécessaire de l’accorder. Concrètement, la hauteur des tuyaux est ajustée individuellement pour qu’ils soient tous en harmonie. Cette tâche est préférentiellement confiée à un professionnel.
Humidification
Un niveau d’humidité optimal est à respecter afin de garantir la longévité de l’orgue de théâtre. S’il est trop bas, le bois et les autres composants se détériorent plus vite. Dans le cas contraire (trop d’humidité), la qualité du son en pâtit. Il est recommandé d’utiliser un humidificateur ou un déshumidificateur, selon les conditions climatiques.
Vérification des vis et des boulons
Il est tout à fait normal que les vis et les boulons se desserrent au fil du temps. De ce fait, il est crucial de vérifier régulièrement leur état.
Protection
Dans le cas où personne ne prévoit de jouer de l’instrument, il est primordial de le protéger de la poussière. Il existe des housses de protection conçues pour ce type d’orgues. Les modèles en plastique sont à éviter dans la mesure où ils retiennent l’humidité.
Critères d’achat
Le choix d’un orgue de théâtre dépend avant tout des besoins et du budget du musicien. Toutefois, les modèles anciens ont disparu vers la moitié du XXe siècle. Les modèles électroniques modernes ne sont pas dotés des tuyaux emblématiques des orgues de cinéma d’antan. Ils possèdent la plupart du temps une banque de données numériques de sons.
De nombreux modèles se trouvent sur le marché, possédant chacun leurs spécificités, et proposés à différents tarifs. Chaque acheteur peut approcher un magasin spécialisé afin de faire part de ses attentes aux vendeurs. En revanche, le site de France Minéraux a aussi sa propre sélection d’instruments en ligne, ce qui facilite la recherche.